21.11.2008

Dallas, ton univers impitoyable

 

DALLAS.jpg

 

 

 

On fête en 2008 les trente ans du célèbre feuilleton télévisé
"Dallas", lancé sur les petits écrans le 2 avril 1978. Le succès de
cette production se traduit d'abord par des chiffres, comme c'est
souvent le cas aux Etats-Unis. "Dallas" fut diffusé dans soixante
pays, il intéressa parfois plus de quatre-vingts millions de personnes
sur une seule soirée de diffusion dans le monde. Prévue d'abord en
cinq épisodes, la série finit par compter quatorze saisons à la fin de
sa trajectoire. Lorimar, la petite société productrice à l'origine du
projet, déboursa huit cent mille dollars par épisode, mais réalisa
aussi un chiffre d'affaires annuel de cent cinquante millions de
dollars…
.
Au-delà de ces résultats, "Dallas" reste gravé dans les annales de la
télévision pour deux raisons essentielles: ce feuilleton est un
précurseur, il inspira d'autres producteurs qui créèrent ensuite des
séries à succès, dans le même genre. "Dallas" révéla aussi des acteurs
relativement méconnus, il en fit des stars qui retombèrent toutes plus
ou moins dans l'oubli, une fois la série terminée.
.
David Jacobs, l'auteur californien, n'avait jamais imaginé que son
scénario allait rencontrer un tel engouement. Son histoire pourtant
toute simple passionna des populations de culture très différente. La
trame met en exergue des différends qui opposent les familles texanes
Ewing et Barnes. Les coups bas prolifèrent chez ces magnats du
pétrole. Des drames internes déchirent le clan Ewing. John Ross II,
surnommé J.R., directeur de la Ewing Oil Company, est un manipulateur
sans scrupule qui, de surcroît, rend malheureux sa femme Sue Ellen.
Celle-ci, ancienne "Miss Texas", sombre dans l'alcoolisme, la
frustration et l'adultère. Bobby, le jeune frère de J.R., commet un
crime de lèse-majesté en épousant une Barnes, la ravissante Pamela.
Kristin Shepard, la sœur de Sue Ellen, devient la maîtresse de son
beau-frère, l'ignoble J.R., etc.
.
David Jacobs inventa mille rebondissements qui captivèrent la planète
entière. Beaucoup de ses habitants se demandèrent un jour, à l'unisson: "qui a tiré sur J.R.?" Jacobs n'avait jamais mis les pieds à Dallas
avant la sortie du feuilleton, il fit même une énorme bourde en
imaginant une nappe de pétrole dans les sous-sols de Southfork-Ranch,
la maison cossue des Ewing. Grosse erreur, il n'y a pas de pétrole à
Dallas même! Au lancement de la série, les Texans protestèrent contre
l'image véhiculée par les héros de la fiction: celle d'individus
arrivistes, celle aussi de névrosés amers et revanchards. Le succès
aidant, l'afflux de touristes nombreux au Texas, les choses
s'arrangèrent. Dallas n'était plus seulement la ville où l'on
assassina le président Kennedy en 1963, mais le décor d'une saga
familiale de renommée internationale. Tout fut prétexte à rentabiliser
cette manne inespérée. Joe Duncan, propriétaire du ranch où fut tourné
le feuilleton à cinquante kilomètres de Dallas, demanda quatre dollars
par visite du lieu. Il débita aussi son ranch en vendant des morceaux
de 30 cm2 pour vingt-cinq dollars…
.
"Dallas" obtint surtout son succès grâce à la personnalité de ses
acteurs. Trois d'entre eux se détachent: Larry Hagman (J.R.), Linda
Gray (Sue Ellen) et Victoria Principal (Pamela). Les trois, comme les
autres acteurs de la série, durent leur notoriété subite à "Dallas".
Larry Hagman, le plus emblématique de tous, avait joué auparavant dans
quelques téléfilms et au théâtre à Londres. Il est le fils de Mary
Martin, une ancienne vedette de Broadway. Quand Larry lut le scénario
de "Dallas", il ne fut pas convaincu par l'histoire. C'est Maj, sa
femme d'origine suédoise, qui réussit à le persuader d'incarner J.R.
"Accepte. Ça va nous porter chance.", dit-elle. En jouant la crapule
qui tire toutes les ficelles, Larry Hagman acquit une popularité
gigantesque. C'est sans doute son personnage au chapeau de cow-boy et
l'interprétation qu'il en fit (avec une façon de ricaner très
caractéristique) qui contribuèrent largement à la réussite de
"Dallas".
.
Linda Gray avait tourné quelques téléfilms, puis elle s'était lancée
comme modèle pour des films publicitaires. Sue Ellen fut la chance de
sa vie d'actrice.
Victoria Principal, belle femme aux yeux de chatte, devint du jour au
lendemain une star grâce à "Dallas". L'ex-"Miss Miami", née au Japon,
avait avant cela interprété un rôle dans "Roy Beam", aux côtés de Paul
Newman. Cela ne suffit pas pour promouvoir sa carrière. Elle abandonna
ce métier d'actrice pour travailler comme agent cinématographique.
C'est en lisant le scénario de "Dallas" qu'elle devint son propre
agent afin de tenter d'obtenir le rôle de Pamela Ewing qui lui avait
plu. Elle fut très efficace dans sa démarche et ensuite très remarquée
dans son interprétation.
.
"Dallas" est considérée aujourd'hui comme une série culte. La
personnalité de ses acteurs est étroitement liée aux personnages
qu'ils incarnèrent. Cette assimilation par le public leur joua
probablement un sale tour. Il s'agit d'une identification qui enferme
un interprète dans un type de rôle en freinant son ascension. C'est ce
qui arriva aux acteurs de "Dallas", chacun resta J.R. ou Sue Ellen
malgré lui. Même une enfant de célébrité comme Mary Crosby (Kristin
Shepard), fille de Bing Crosby, n'échappa pas à la règle.

.
Au début des années 90, j'eus la chance de voir jouer à l'ancien Grand
Casino de Genève, ces deux monstres sacrés du petit écran que furent
Linda Gray et Larry Hagman. Ils interprétèrent "Love Letters", de
l'auteur américain A.R. Gurney. Une majorité de spectateurs suisses ne
parlant pas l'anglais restèrent pétrifiés d'admiration pour ces deux
acteurs. Ils étaient pour eux des mythes…

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://althaus.blog.24heures.ch/trackback/15516

Commentaires

Superbe billet bien documenté. Et que de souvenirs... Cette série que je n'aimais pas, que j'ai à peine regardée, et dont, pourtant, aujourd'hui, je me souviens avec une sorte de nostalgie, comme si elle était liée d'une certaine façon à mon adolescence...

Ecrit par : Dave | 12.12.2008

Cette serie me passionera toujours et je ne suis pas encore satisfait quant a savoir le jour de la rediffusion, vous comprendrer j'reside en REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO ou nous savons pas acceder aux coffrets DVD.

Ecrit par : tshisumpa michel | 27.05.2009

Écrire un commentaire